Journées du patrimoines : Sentiers des roches.
Le Sentier des Roches
Réalisation HIPAF : Histoire et Patrimoine de Fleurey
Inscription en cours au PDIPR Plan Départemental des Itinéraires de Promenade et de Randonnée
| Suivre ce sentier permet de faire une incursion dans le passé géologique de la Bourgogne et d’apprécier quelques curiosités naturelles. La lecture du paysage révèle les formes du relief, les différentes voies de communication empruntant la vallée et des éléments de l’habitat reliés à la présence de sources ou de la rivière. Mais son attrait ne s’arrête pas là... Il naît aussi de la possibilité de découvrir la richesse faunistique et floristique des lieux et de retrouver quelques traces archéologiques de l’occupation humaine. |
Paysage et géologie
Très vite, l’œil est attiré par les masses grises que forment les Roches d’Orgères. Ce sont des corniches dégagées et sculptées par l’érosion : alternance de gel et de dégel et action du cours d’eau à la fin de l’ère tertiaire et à l’ère quaternaire quand son débit était beaucoup plus important. Elles sont constituées de roches sédimentaires qui se sont formées au fond de la mer alors que celle-ci recouvrait toute la Bourgogne. Le paysage était sans doute voisin de celui des Bahamas, avec une mer chaude tropicale peu profonde, des lagons et des récifs coralliens ! Le niveau géologique représenté ici appartient au « Jurassique » et plus particulièrement à l’étage du « Bathonien ». C’est le calcaire dit de Comblanchien. On distingue deux principaux bancs formés de roche très compacte. Ils sont bien séparés par une couche dolomitique plus tendre dans laquelle des petites cavités se creusent avec des suintements observables en période humide. Des faces parfois assez lisses et des surplombs sont exploités comme voies d’escalade (ALES).
Au-dessus de ces roches, le plateau présente des aspects karstiques dus à la dissolution irrégulière des calcaires. Des lapiaz, sortes de ciselures, et des anfractuosités se sont ainsi formés. En outre, des diaclases ou fissures, orientées souvent à la perpendiculaire hachent le terrain.
Un peu plus loin, une ancienne carrière est bien visible sur la gauche. C’est le site de l’une des dernières extractions (1965) pour le village, destinée à obtenir de la pierre marbrière. Les nombreuses traces verticales correspondent aux trous creusés par les mèches des marteaux pneumatiques pour dégager des blocs de calcaire. L’exploitation fut rapidement abandonnée en raison de la faible qualité du matériau. Dans les broussailles, sur la droite du chemin, on peut encore apercevoir, selon les saisons, les vestiges plus anciens de piliers supportant des rails qui permettaient à des wagonnets de transporter de la pierre jusqu’à la rivière puis jusqu’au canal.
Juste après la carrière, un « abri sous roche » est facilement repérable : l’abri du Moulin. C’est une création de l’érosion qui fut occupée par les hommes à plusieurs époques très anciennes.
Si on continue le chemin en direction de Velars, on laisse sur la gauche la station d’épuration du village avec ses nouveaux bassins de rhizocompostage situés en hauteur et on suit la rivière et ses méandres. Petit à petit, on retrouve de nouvelles corniches calcaires qui forment le rebord du plateau de Beuchail. L’une des roches est pittoresque par le profil qu’elle suggère : le Sphinx de la Côte d’Or. Un peu plus loin, le promeneur attentif peut découvrir une petite grotte près du chemin ; sa cheminée témoigne de l’importance du travail des eaux souterraines dans le passé.
Dans la combe de Beuchail, petite vallée sèche, un monument naturel, la Roche qui vire évoque de manière très suggestive la forme d’un champignon typique avec son pied et son chapeau. C’est un autre produit de l’érosion qui a dégagé davantage la couche inférieure alors que la partie supérieure s’est montrée plus résistante.
Du haut de toutes ces corniches, du dessus des Roches d’Orgères ou de celui du Sphinx de la Côte d’Or, le panorama qui s’offre au randonneur lui permet de contempler plusieurs points de vue. La rivière forme une coulée verte en direction de Dijon. Des traces de l’ancienne ligne de chemin de fer de Dijon à Epinac peuvent être repérées : pont sur le canal et talus arboré. Le tracé du canal de Bourgogne et celui de l’autoroute sont aussi bien identifiables. Deux sources existent à proximité de l’écluse du Creux Suzon. Sur l’autre versant, de l’Est vers l’Ouest, on peut distinguer différentes surfaces planes proches de 600 m d’altitude : la Côte d’Etang avec sa chapelle Notre Dame d’Etang et le Plain de Suzâne. Ce sont d’anciennes pénéplaines témoignant d’une phase d’érosion datant de l’ère tertiaire. Des constructions peuvent être facilement reconnues : la rente de Suchot, la rente de Collonges encore exploitée comme ferme et plus loin le village d’Urcy. Un nouveau relief forme le plain de Suzard avec, à ses pieds, la ferme de la Colombière et le bosquet de la source Verdrot. Vers l’ouest, en direction de Pont-de-Pany, le regard peut suivre le canal et remonter le cours de la rivière. Puis en revenant sur l’autre rive, on voit les hauteurs de la Chassagne, le bois de Morcueil puis le Mont Grandcy et enfin, après la petite combe menant à Ancey, le Mont Cocheron qui domine le village au nord.
Depuis le dessus des Roches d’Orgères, on perçoit le bruit d’une chute d’eau. Il monte de l’ancien barrage qui permettait à un bief d’alimenter le moulin situé près du canal. On repère le lotissement des Coquelots à l’est et, toujours sur la rive droite, le vieux village avec la silhouette proéminente du Prieuré à l’ouest de la Velle. Sur la rive gauche, se détachent le quartier de la Vellote autour de la vieille église paroissiale et deux zones pavillonnaires plus récentes : sur les hauteurs, celle de Saint-Jean et plus bas, celle des Ouches.
Faune
Un certain nombre d’espèces utilise ces milieux mais sans en être dépendant ; citons la plupart des mammifères : chevreuil, sanglier, blaireau, renard, martre, chat sauvage, lapin et lièvre, hérisson mais aussi campagnol, musaraigne, etc. sans oublier les chauves-souris attirées par l’abondance des gros insectes. De nombreux oiseaux de lisière forestière profitent des buissons et des zones plus ouvertes pour nicher et s’alimenter : rouge-gorge, troglodyte, verdier, linotte, accenteur, pipit des arbres, fauvette grisette. Grive musicienne, pouillot fitis, serin cini et chardonneret sont présents dès qu’il existe quelques arbres et des buissons plus denses.
Les espèces d’oiseaux d’origine méridionale sont plus caractéristiques de ces écosystèmes chauds : alouette lulu, bruant jaune, bruant proyer et bruant zizi. Parmi les rapaces qui tous peuvent chasser sur ces zones ouvertes, citons le rare circaète Jean-le-blanc ou « aigle de Bourgogne » qui se nourrit presque exclusivement de reptiles. Enfin, parmi les rapaces nocturnes, le petit-duc trouve ici sa limite nord de répartition. Il a encore été entendu sur les roches d’Orgères jusqu’en 1986. Certaines espèces comme la pie grièche écorcheur, le traquet pâtre, l’engoulevent, l’oedicnème criard ont disparu depuis plus longtemps (régression générale en France).
Les reptiles sont abondants : lézard des murailles, plus rarement lézard vert (limite de répartition), couleuvre verte et jaune, couleuvre à collier profitant de la présence proche de l’Ouche, couleuvre d’Esculape, plus rare. La vipère existe mais en faible quantité.
C’est parmi les insectes directement dépendants des plantes de la pelouse sèche que l’on rencontre le plus de diversité et d’originalité : sauterelles, criquets, mante religieuse, grillon, éphippigère, ascalaphe de Montpellier mais aussi coléoptères variés, papillons multicolores dont le magnifique machaon - sa chenille affectionne les feuilles parfumées du fenouil de Alpes-, fourmis, sans oublier les abeilles qui produisent ici un miel savoureux.
Flore
La pauvreté du sol limite le développement des arbres et des arbustes dont on observe cependant une grande variété : le Prunier de Sainte Lucie, l’Epine vinette, l’Amélanchier à feuilles ovales, l’Orme champêtre sont parmi les plus remarquables.
Les fissures des roches abritent une flore particulière dont le Saxifrage tridactyle et deux petites fougères : le Capillaire des murs et la Rue des murailles.
Au printemps, les fleurs sont très nombreuses. En avril et en mai on admire le violet des corolles duveteuses de l’Anémone pulsatille, les jaunes de la Potentille de printemps, du Genêt prostré et de l’Hippocrepis, les blancs de l’Hélianthème des Apennins et du Trinia glauque, les bleus de la Globulaire et de la Scrophulaire des chiens. On découvre de nombreuses orchidées -discrètes ou sophistiquées- tels les Orchis mâle, bouc, homme pendu, militaire, les Ophrys bourdon et mouche. En juin, la Phalangère à fleurs de lis, le Géranium sanguin et l’Orchis pyramidal prennent le relais.
Au début de l’été, les pelouses sont parsemées des milliers de fleurs dorées de l’Inule des montagnes et de l’Anthyllis vulnéraire ainsi que des fleurs lilas de la Germandrée petit chêne. Au mois d’août apparaît la Scille d’automne à la hampe pourpre. Sur quelques pentes plus fraîches s’épanouissent l’Origan et deux sortes de Bugranes : l’Arrête-bœuf et l’Ononis natrix.
En automne, ce sont les petits fruits des différents arbustes qui présentent le plus grand intérêt, tant pour le spectateur de la nature que pour le gourmet. Les baies de la Viorne mancienne offrent sur la même ombelle une gamme de couleurs allant du vert au noir en passant par une multitude de rouges. Les grappes incarnat de l’Epine vinette comme les drupes du Cornouiller mâle sont délicieuses en gelée ou en confiture. Les boules bleu noir du Genévrier parfumeront agréablement les plats de choucroute. En revanche, les perles noires du Troène et les bonnets carrés rose indien du Fusain sont toxiques.
En hiver, la flore arbustive s’éclaire encore du vermillon des cynorrhodons comestibles de l’Eglantier, à ne cueillir qu’après les premières gelées tout comme les « blosses » pruineuses du Prunellier. Sur les branches comme au sol, les lichens sont bien visibles. La Cladonie foliacée s’étale sur la terre en larges plaques argentées. La Parmélie saxatilis recouvre les branches dénudées de ses langues vertes en compagnie de la Xanthorie orangée. Cette dernière se rencontre également en abondance sur la pierre. De beaux spécimens colorent la base de la Roche qui Vire.
On peut observer tout au long de l’année de nombreuses graminées. Parmi elles, le Brome dressé est le plus abondant.
La liste des plantes citées, loin d’être exhaustive est cependant bien représentative de la végétation des pelouses calcaires.
Archéologie
La présence de très fines lamelles de silex a confirmé une occupation humaine des abris du « Moulin » et de celui du « Sphinx » à partir du Mésolithique ( entre - 8 000 et - 5 000 ans).
L’abri du « Moulin » a fait l’objet de plusieurs fouilles (P. Jobard 1897, E. Socley 1913, E. Thévenot et J. Joly 1970). Il semble avoir été principalement occupé d’une façon prolongée et sans doute permanente, à l’époque néolithique (entre - 5 000 et - 3 000 ans), céramiques, haches en pierre polie, silex et casse-tête en granite tendent à le prouver. Plusieurs vestiges, trouvés sur place et dans les coffres sous tumulus des nécropoles voisines, permettent de supposer une occupation par une population d’éleveurs et d’agriculteurs qui menaient une vie sédentaire.
Nécropoles tumulaires « sur les Roches »
À proximité de la station d’épuration des eaux usées, deux nécropoles tumulaires ont été identifiées de part et d’autre de la combe Maladière. La partie Ouest, « Sur les Roches », étudiée par P. Jobard en 1897 et 1900, revisitée par E. Socley entre 1910 et 1913, a fait l’objet de deux sauvetages, l’un en en 1959 par J. Joly et l’autre en 1986-1987 par P. Buvot et J. Dorion de la Direction des Antiquités Préhistoriques de Bourgogne.
Sur les vingt et un tertres repérés, huit seulement ont pu livrer des indications permettant de les dater. Ils s’étalent du Chalcolithique (de - 2 300 à - 1 600 ans) à La Tène (fin de l’âge du fer : de - 500 à - 400 ans) avec parfois, pour un même tertre, remaniement et réutilisation après plusieurs époques.
La table de pierre formant dolmen, à proximité des bassins de rhizocompostage, recouvrait une chambre funéraire à deux sépultures où ont été relevés une parure composite, un ornement rond en ivoire, une petite coquille de moule d’eau douce et de nombreux débris de poterie.
Ces vestiges funéraires confirment la localisation d’un habitat de hauteur éloigné de la vallée marécageuse, à proximité de sources et de voies pour lesquelles la position de surplomb facilitait la surveillance. Ils attestent de la présence d’une vie sociale vieille d’au moins 4 000 ans.